
Le Newton a constitué l’une des premières tentatives d’Apple pour créer un ordinateur personnel véritablement mobile, piloté au stylet et capable de reconnaître l’écriture manuscrite. Lancé en 1993, le projet portait une vision très en avance sur les usages désormais associés aux smartphones et aux tablettes, mais son développement a été marqué par des ambitions changeantes et une attente considérable.
Un projet né autour de la reconnaissance d’écriture
Dans Grateful Geek, Jean-Louis Gassée rappelle qu’il envisageait dès 1985 des ordinateurs capables de reconnaître l’écriture manuscrite dans les cinq ans. Alors vice-président senior de la recherche et du développement d’Apple, il a ensuite soutenu Steve Sakoman lorsque cet ingénieur souhaitait, en 1987, se consacrer à un appareil doté de cette technologie.
Selon le récit de Jean-Louis Gassée, Sakoman accepta de rester chez Apple à condition que son équipe puisse travailler sans interférences. Installé dans un bâtiment de Bubb Road, près du siège d’Apple, le groupe développa avec Steve Capps un ordinateur mobile reposant sur le stylet. À la fin de 1987, Sakoman lui donna le nom de Newton, en référence au premier logo complexe d’Apple, dessiné à l’encre et à la plume.
D’un terminal de poche à une tablette coûteuse
Le Newton devait initialement être un ordinateur de poche et un outil de communication, affiché à 2 495 dollars, soit le prix du Macintosh d’origine. Deux ans plus tard, le projet avait toutefois pris une tout autre ampleur : en 1989, Apple travaillait sur une tablette de 8,5 sur 11 pouces, portant le nom de code Figaro, avec un tarif alors envisagé entre 6 000 et 8 000 dollars.
Cette évolution illustre la difficulté à concilier miniaturisation, mobilité et ambitions logicielles. Le Newton n’a pas toujours conservé son format ni son positionnement initiaux, tandis que ses attentes fonctionnelles restaient élevées, notamment autour de la reconnaissance manuscrite.
Une trajectoire également façonnée par la politique interne
Le départ de Jean-Louis Gassée d’Apple, après son désaccord avec John Sculley sur la licence du système Mac, a fragilisé le soutien interne au projet. Steve Sakoman quitta à son tour Apple le 2 mars 1990. Bill Atkinson réunit alors Steve Capps, Andy Hertzfeld, Susan Kare, Marc Porat et John Sculley afin d’examiner comment poursuivre Newton.
Le MessagePad 130, commercialisé en 1996, a finalement apporté un rétroéclairage, une amélioration demandée lors des premiers échanges avec la presse. Le Newton n’a en revanche jamais reçu d’écran couleur.
Ce que ça change
L’histoire du Newton montre qu’une vision produit ne suffit pas : le format, le prix et la maturité des technologies d’entrée déterminent directement l’expérience proposée. Elle éclaire aussi la façon dont Apple a dû apprendre à transformer une idée d’informatique mobile ambitieuse en produit cohérent, un équilibre qui reste central pour les appareils personnels.
Source : Jean-Louis Gassée — Grateful Geek (livre)
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