
Le conflit entre Apple et OpenAI prend une ampleur bien plus sérieuse qu’un simple différend de recrutement. D’après Bloomberg, qui s’appuie notamment sur la plainte déposée par Apple, le groupe de Cupertino accuse OpenAI et plusieurs anciens salariés d’avoir emporté des informations sensibles liées à ses produits et à ses processus internes.
Au cœur du dossier, Apple décrit un accès prolongé à ses serveurs par d’anciens employés qui n’étaient déjà plus dans l’entreprise. Selon Bloomberg, Chang Liu aurait écrit à une ancienne collègue : LOL, j’ai trouvé un moyen d’accéder [au serveur de stockage], fun !
Cet accès lui aurait permis de récupérer des présentations, des dessins de prototypes, des détails de production et des procédures de test, alors qu’il avait quitté Apple depuis plusieurs semaines.
Des transferts de données avant le départ vers OpenAI
Toujours selon les éléments rapportés par Bloomberg, Alyssa Peng, encore salariée d’Apple au moment des faits, n’aurait pas signalé la situation. Elle aurait au contraire répondu Je suis prête
et contribué à faire transiter davantage de documents via son ordinateur professionnel. Elle a ensuite, elle aussi, rejoint OpenAI quelques mois plus tard.
Apple affirme dans sa plainte que cette mécanique n’était pas isolée. Tang Tan, ancien cadre historique de Cupertino passé chez OpenAI, aurait recruté un grand nombre de profils clés et leur aurait demandé de récupérer des secrets industriels juste avant leur départ. Selon Apple, certains employés auraient profité de leur préavis pour transférer un maximum de données stratégiques depuis leurs appareils de travail vers des outils personnels.
La plainte évoque également une méthode plus structurée encore. D’après Bloomberg, Apple soutient que Tang Tan aurait établi une liste
détaillant, pour chaque employé visé, la manière la plus efficace d’éviter d’éveiller les soupçons des équipes de sécurité internes. Apple l’accuse aussi d’avoir demandé à certains candidats d’apporter à leur entretien des prototypes de batteries, de cartes mères et d’autres composants. Plusieurs personnes conviées à ces entretiens auraient jugé cette pratique surprenante
, estimant logique que ces prototypes ne puissent pas sortir d’Apple Park.
Plus de 400 départs vers OpenAI, selon Bloomberg
Bloomberg rapporte que plus de 400 employés d’Apple auraient rejoint OpenAI. Pour attirer ces profils, l’entreprise de Sam Altman aurait mis en avant la perspective de concevoir la prochaine génération d’appareils qui remplaceront l’iPhone
, avec à la clé des salaires élevés et des stock-options bien supérieurs aux propositions d’Apple.
Tang Tan occupait une place centrale dans l’organigramme d’Apple avant son départ. Après 25 ans dans l’entreprise, il avait dirigé les équipes de design des Mac portables et des iPod, puis pris la tête de l’équipe iPhone en 2011, avant de superviser aussi l’Apple Watch. Son poids interne était tel qu’il avait un temps été cité parmi les cadres susceptibles de rivaliser avec John Ternus sur les questions d’ingénierie matérielle.
Apple affirme avoir tenté de régler le différend à l’amiable en contactant OpenAI dès février au sujet d’un possible vol de données, sans obtenir de réponse. Cupertino a donc saisi la justice, dans un dossier susceptible de marquer durablement ses relations avec un partenaire encore proche il y a peu.
Ce que ça change
Pour Apple, l’enjeu dépasse le seul départ de talents vers un concurrent : il s’agit de protéger sa chaîne de développement matériel, ses prototypes et ses méthodes de test. Si les accusations sont confirmées, l’affaire pourrait aussi durcir les conditions de départ et les contrôles internes autour des équipes les plus sensibles.
Pour OpenAI, ce contentieux pourrait compliquer une stratégie de recrutement très agressive dans le matériel. Au-delà de la bataille judiciaire, c’est la frontière entre chasse aux talents et appropriation de savoir-faire industriel qui est désormais posée.
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Source : Mark Gurman (Bloomberg)
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